Lumikko – Pasi Ilmari Jääskeläinen

Tu as dans la tête une version des faits simples, claire et sensée. Mais si, tu sais bien, ta propre histoire, celle que tu offres au public. Nous nous habillons tous d’histoires. Et là tu te mets à déverser, et au bout d’un moment tu ne comprends plus ce que tu dis. Chaque fois, celle qui sera le plus choquée de ce que tu auras déversé, ce sera toi-même. C’est la véritable nature du jeu.

Dans le roman Lumikko de Pasi Ilmari Jääskeläinen (Les Editions de l’Ogre), il y a tout : une mystérieuse disparition, des livres malades dont le contenu s’altère, des créatures au fond des jardins, une société littéraire secrète, un village finlandais sous la neige, et des personnages qui se disent tout, vraiment tout.

Le jeu est pervers. Il oblige les joueurs à se mettre à nu, au point qu’il leur faut parfois des jours pour s’en remettre. Pourtant, aucun d’eux n’a envie de renoncer.
Les joueurs sont tous des écrivains. Pas n’importe lesquels, neuf écrivains triés sur le volet alors qu’ils n’étaient encore que des enfants et spécialement formés par l’énigmatique Laura Lumikko, célèbre auteur de livre pour enfant. Plus le dixième et dernier membre, arrivé trente ans après les autres : Ella Milano grâce à laquelle la Société Littéraire de Jäniksenselkä est enfin au complet.
La nuit, entre dix heures du soir et six heures du matin, ils se défient en duel. Chacun leur tour, les deux joueurs posent une question à laquelle l’autre est obligé de répondre, sans fard et sans omission.
Ce qu’ils cherchent ? De la matière première pour écrire leurs romans, des vérités crues qui ne se limitent pas à leur propres expériences.

Tordus, dîtes-vous ?
Sûrement, mais c’est un fantasme. Ajoutez que les écrivains de la Société semblent cacher d’où viennent vraiment leurs idées de roman (secret qu’Ella Milano est bien décidée à déterrer), et vous obtenez un livre qui parle d’inspiration, de processus de création, de la part de vrai dans toute fiction, du regard qu’un auteur porte sur le monde, ou s’efforce de porter, de la difficulté de se poser toutes les bonnes questions : celles qui feront du livre un miroir pour le spectateur, qui lui donneront une profondeur.

Quatre ans plus tôt, Talvimaa, assailli d’angoisses terribles, avait connu une illumination. […] Son problème, c’était l’excès de pensée. […] Au début, on trouve ça amusant, de penser, on devient facilement accro, d’autant qu’on nous y encourage dans les écoles et dans diverses activités de loisir. Et pourtant, en fin de compte, on y gagne que du malheur

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