Doutes

On me dit

« Qui ? Telle est la question. Qui voudra de toi, ne serait-ce que pour le travail ? De toi entre tous, parmi tous ceux qui existent, parmi la foule souriante, qui voudra de toi ? Tu es incompréhensible. Tout ce qui a deux côtés, tu te débrouilles pour en aimer un et pour honnir l’autre. Tu ne supportes pas qu’on te touche le cou mais tu attends qu’on te masse la tête. Tu veux écrire mais tu ne veux pas répondre quand on te questionne à ce sujet. Tu détestes qu’on t’ignore mais les questions que l’on te pose t’embêtent. Tu prétends être en quête de sens mais tu ne prends de plaisir qu’en étant inutile. Tu argumentes pour le plaisir mais tu finis toujours par te blesser, car tu ne peux rien prendre à la légère. Tu es irascible. On ne peut te dire ni d’accélérer ni de ralentir. Tu fais tout à ton rythme qui n’est jamais le bon. Tu ferais fuir tout le monde et cependant tu n’aimes pas la solitude. Tu es tout et son contraire, pourvu que cela n’ait aucun sens. Tu n’as pas une position qui ne soit pas paradoxale. Et tu espères encore que quelqu’un voudra bien démêler tout ceci ? Mais qui ? Même ta mère ne le fait pas. Même pas toi d’ailleurs, pas toujours.

Alors qui ? Franchement, qui ? Tu es bizarre. Avant tout le reste. Avant même d’être toi, tu es bizarre. Voilà. Tu irrites. On te rejette sans te connaitre, parce que tu exaspères, parce que tu es un monstre à ta manière. Tu es insupportable. D’autre fois tu intrigues, on veut apprendre à te connaitre. Parfois même, si l’on ose, on peut apprendre à t’aimer, mais à t’aimer de loin. Et toi, toi tu pleures de le savoir. Car tu ne sais pas comment te rapprocher davantage. Tu ne sais pas comment aller vers l’autre et tu te demandes qui fera seul le chemin jusqu’à toi. Qui parcourra toute la distance alors que tu ne fais pas un pas ? Qui ? »

Je me dis

Écris. Tu préférerais mille fois pouvoir t’en passer mais puisqu’il faut être honnête, admets que tu ne peux pas. L’écriture est le seul endroit où tu n’as pas à faire l’étalage de qualités semi-fictives, où ta bizarrerie peut être revendiquée plutôt que tue. Avec toute la bonne volonté dont tu es capable, reste que si tu n’écris pas, tu n’as plus d’espace pour être toi, alors à quoi bon ?

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