Féminisme et Science-Fiction

J’aimerais parler de féminisme et de science fiction. Plus que la place des personnages féminins dans la littérature de l’imaginaire, j’aimerais parler de ces romans qui font réfléchir sur le genre.

Kalpa Impérial - Angelica Gorodisher

Kalpa impérial est le livre dont je veux parler en premier. Car c’est lui dont la lecture m’a fait le plus de bien. Dans Kalpa Impérial, les hommes sont désignés comme des hommes, et les femmes sont désignées comme des femmes. Mais au delà de cette désignation, tous les personnages sont traités de la même manière.

Le premier chapitre, par exemple, raconte l’histoire de Bib, un garçon “trop maigre, trop curieux, et trop désobéissant” qui devient empereur précisément pour ces raisons. A la fin de sa vie, il veut choisir qui lui succédera. Il regarde donc tous ses enfants, toutes ses filles et tous ses fils devenus intelligent et instruits. Il les regarde toutes et tous.

Et il eut une fille qui fut curieuse et désobéissante comme l’avait été un gamin que l’on surnommait Bib dans une tribu de barbares semi-nomades. […] Le vieux Bibaraïn I Le Flutiste sourit et dit qu’il nommait héritière du trône sa fille Mainaleaä, et l’impératrice Dalayya, sa mère, Régente jusqu’à ce que la gamine décoiffée atteigne la majorité.

Pour choisir qui lui succédera, l’empereur Bibaraïn I le Flutiste ne s’encombre pas d’une règle arbitraire et systématique. Il fait preuve de logique. Au final, il prend la meilleure décision possible. On devrait toujours donner les responsabilités aux personnes les plus qualifiées pour les endosser. Mais ce n’est presque jamais le cas, ni en pratique, ni dans les fictions.

Avant de lire Kalpa Impérial, jamais encore dans la littérature je n’avais lu l’histoire d’un homme décidant de léguer son pouvoir sans prendre en considération ni l’âge ni le sexe de ses descendants.

Il est de plus en plus facile de trouver des œuvres de fiction dans lesquelles des femmes fortes résistent à un monde furieusement patriarcal (La servante écarlate de Margaret Atwood ou Game of Thorn de George Martin, pour ne citer que les deux exemples les plus connus). Il n’est pas non plus difficile de trouver des fictions où les rôles (au moins certains d’entre eux) sont inversés. Je pense notamment à La voie des Rois de Brandon Sanderson dans laquelle la lecture et l’écriture sont des activités uniquement réservées féminines. Qu’ils jouent ou non sur les stéréotypes, les univers fantastiques dressent presque toujours le portait de sociétés dans lesquelles hommes et femmes ont un rôle bien déterminé.

Kalpa impérial est le premier livre que j’ai lu dans lequel ce n’est pas le cas. Non seulement Angélica Gorodischer ne fait pas de différenciation dans sa façon de décrire ses personnages, mais les personnages eux-mêmes ne se traitent pas différemment entre eux.

La justice de l'Ancillaire - Ann Leckie

Ann Leckie est allée encore plus loin dans l’indifférenciation entre les personnages. En effet, dans la langue Radchaaï, le genre n’existe pas. Les individus ont bien des sexes, mais cela ne doit pas changer la façon dont elles s’appellent les unes les autres. “Elle” donc, pour tous les être humains. (Le pronom “il” est réservé aux intelligences artificielles, considérés comme non-humaines)

Contrairement à nous, les Radchaaïs n’apprennent pas à déterminer d’un seul regard si elles ont à faire à un homme ou à une femme. Et elles ne s’habillent pas non plus différemment en fonction de ce qu’elles ont entre les jambes, ce qui leur confère à toutes une apparence androgyne.

Je les ai toutes vues, subitement, juste l’espace d’un instant, par des yeux non radchaaïs, une foule fluide de personnes de genres d’une dérangeante ambiguïté. J’ai vu tous les traits qui marquent le genre chez les non-Radchaaïs – jamais, à mon grand agacement et à mon découragement, de la même façon ni au même endroit. Cheveux long ou courts, portés défaits (descendant dans un dos ou en un épais limbe frisé) ou noués (tréssés, épinglés, attachés). Corps épais ou mince, visage aux traits rudes ou délicats, avec des cosmétiques ou pas. Une profusion de coloris qui auraient été en d’autres lieux des indicateurs de genre. Tout cela associé au hasard, avec des corps incurvés à la poitrine ou à la hanche, ou pas, des corps qui, un moment, se mouvaient d’une façon que les non-Radchaaïs qualifieraient de féminine, et le suivant de masculine. Vingt ans d’habitudes m’ont rattrapés et, l’espace d’un instant, j’ai désespéré de choisir les pronoms corrects, les termes d’adresse appropriés. Mais je n’en avais pas besoin ici. Je pouvais laisser choir ce souci, un poids mineur mais agaçant que j’avais supporté tout ce temps. J’étais chez moi.

A la lecture de La Justice de l’Ancillaire, on ne sait pas si les personnages évoqués sont des hommes ou des femmes. Pire : on est si peu habitué au féminin générique que l’on se prend à imaginer tous les personnages comme des femmes. Ce n’est que lorsque Un Esk du Justice de Toren (le narrateur, un Ancillaire) doit employer une autre langue, que l’on s’aperçoit que certaines “elle” faisaient en fait référence à des hommes.

La main gauche de la nuit - Ursula Le Guin

Ursula Le Guin a choisit la démarche inverse pour son roman La main gauche de la nuit. En effet, si elle nous présente elle aussi une société a-genrée (et même asexuée), elle fait le choix de désigner tous ces personnages au masculin.

Quel pronom employer pour désigner un Géthénien ? Le genre neutre n’irait pas, car c’est un être à la fois masculin et féminin. Il faudrait disposer d’un pronom bissexuel ou intégral, le “pronom humain” […]. Faute de quoi je suis obligée d’employer le masculin, exactement pour la même raison que ce genre est appliqué à un dieu transcendant. Le masculin est moins défini, moins transcendant que le neutre ou le féminin.

Au final, La main gauche de la nuit, cherche moins à montrer une société ou homme et femmes seraient égaux qu’à montrer un contraste entre deux sociétés, une qui ressemble à la notre, patriarcale, l’autre dans laquelle aucun individu n’est défini par rapport à son sexe.

La première vision est portée par Genli Aï, Premier Mobile envoyé sur Géthen-Nivôse pour jouer les ambassadeur. A ses yeux comme aux nôtres, l’asexualité quasi-permanante des Géthéniens est une bizarrerie à laquelle il est difficile de s’accoutumer.

Le Premier Mobile qui sera éventuellement débarqué sur Nivôse devra savoir qu’à moins d’être un vieillard ou parfaitement maitre de lui-même, il souffrira dans son orgueil. Un homme veut faire valoir sa virilité, une femme sa féminité, si indirect et subtil que puisse être l’hommage qui leur est rendu. Sur Nivôse, cet hommage n’existe pas. C’est uniquement comme être humain qu’on y est respecté et jugé. C’est une expérience bouleversante.

De leur côté, les Géthéniens ont une norme bien différente. Chez eux, les humains passent l’essentiel de leur temps en période de soma, période pendant laquelle ils n’ont pas d’organes génitaux. Leur sexe n’apparait qu’une fois par mois, lors du kemma où chaque individu peut devenir soit mâle soit femelle, sans prédisposition particulière. A leur yeux, le fait d’être sexué en permanence est une perversion.

– Ils sont donc tous, sur ces autres planètes, continuellement en chaleur ? C’est le paradis de la perversion sexuelle. […] C’est peut-être un fait, mais je trouve cela répugnant, et je ne vois pas pourquoi des être humains normaux comme nous autres désireraient ou toléreraient des relations quelconques avec des créature si monstrueusement différentes.

Il y a de nombreuse différence entre les deux sociétés, le jeu consiste alors à faire le rapprochement entre les différences sociales et les différences physiologiques.

Sur Nivôse :

  • N’importe qui peut effectuer n’importe quel travail (parce que n’importe qui peut tomber enceint ?)
  • Il n’y a ni attentat sexuels ni viols (parce que les Géthéniens ne ressentent de l’attirance sexuelle qu’un cinquième du temps ?)
  • Il n’y a pas de dualisme forts/faibles, meneurs/suiveurs, maitres/esclaves, actifs/passifs… (parce que toutes ces oppositions viennent de la binarité originelle entre hommes et femmes ?)
  • Il n’y a pas de guerre (parce que la guerre est une activité masculine ? ou parce qu’il fait simplement trop froid sur Nivôse pour se lancer dans des conflits à grande échelle ?)

Si quiconque, de dix-sept ans jusque vers trente-cinq ans, peut toujours, suivant l’expression de Nim, “être cloué par une grossesse”, il en résulte que personne ici ne peut être “cloué” aussi surement que les femmes ont des chances de l’être ailleurs

Bibliographie : autres lectures possibles ?

Dominique – Cookie Allez :

“Jeune idéaliste un peu inconséquente, [France] a voulu [son] bébé mais se refuse à lui imposer le sexe dont la nature l’a pourvu. Ainsi France va-t-elle s’ingénier à faire en sorte que Dominique puisse en toute liberté définir son genre sexuel.” (Les phrases sont tournées de telle sorte que le sexe de Dominique ne puisse jamais être déterminé)

Boys out ! – Rawia Arroum :

“Depuis l’Éradication, le monde est gouverné par les femmes et pour les femmes uniquement. Les hommes n’ont plus le droit de cité. Tous sont bannis, ou bien traqués et placés en détention pour assurer leur seule fonction : la reproduction. Ensuite, systématiquement, ils sont éliminés.”

La servante écarlate – Margaret Atwood :

“Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.”

Sexomorphose – Ayerdhal :

“Histrion malgré elle/lui, sexomorphe avant d’être humain(e), Aimlin(e) recherche son créateur pour se libérer d’un destin qui pourrait n’être qu’une programmation. Tandis qu’elle poursuit la quête de son identité d’un bout à l’autre de la galaxie, l’Empereur rappelle sa sœur à ses côtés pour étendre sa toile à tout le Daym.”

La jeune fille et les clones – David Brun :

“Sur Stratos, les femmes se reproduisent l’hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut, quelques-uns échappent à la police sexuelle et s’accouplent. Les vars qui naissent de ces unions sont élevés jusqu’à la puberté puis chassés du clan (Comme Maia et Leie). NB : Il y a des Radicales qui militent pour les droits des hommes, des Perkinites qui au contraire proposent la parthénogenèse pour les éliminer”

Xenogenesis – Octavia E. Butler :

Une femme (Lilith Lyapo) se réveille 250 ans après une guerre nucléaire qui a rendu la terre inhabitable. Elle a été ressuscitée par les lointains descendant des humains, les Oankali. Existance de trois sexes différents (homme, femme et ooloi) “ The Oankali survive by genetically merging with primitive civilizations — whether their new hosts like it or not”

Sous la Colline – Calvo :

“ Véritable fiction de « genre « , Sous la Colline est également le portrait d’une femme hors-norme, acharnée à percer le mystère au cœur des rêves perdus du Corbu et de sa propre identité.”

Woman in chain – Thomas Day : Cinq nouvelles.

“Au sommaire : La ville féminicide ; Eros-center ; Tu ne laisseras point vivre ; Nous sommes les violeurs ; Poings de suture”

Le Chromozome Y – Leona Gom :

“Mâle. Il avait cherché un jour dans le dictionnaire. Mâle, était-il écrit, du français moderne /mal/ et du latin /male/. 1. Mauvais, anormal, inadapté ; 2. Sous-espèce humaine disparue au xxie siècle. Or, trois siècles plus tard, dans une petite communauté reculée particulièrement inhospitalière (les Isolistes), des mâles existent encore !

Les porteurs – Cat Kueva :

“Dans cette société, tous les enfants naissent hermaphrodites. A seize ans, les adolescents doivent choisir leur sexe. Tous, sauf ceux atteints d’une déficience qui les condamne à un autre destin. On les appelle les Porteurs. Matt découvre qu’il est l’un de ceux-là.”

Les mariages entre les zones trois, quatre et cinq – Doris Lessing :

“Allégorie sur les rapports entre hommes et femmes, réflexion sur les mystères du sexe et de l’amour, ode inoubliable à la féminité, mais aussi portrait en creux d’une lutte éternelle pour l’égalité, Les Mariages entre les Zones Trois, Quatre et Cinq appartient au cycle Canopus dans Argo : Archives. C’est l’un des monuments de l’œuvre de Doris Lessing.”

A comme aujourd’hui – David Levithan :

Tous les jours, A se réveille dans un corps différent, tantôt celui d’un homme, tantôt celui d’une femme.

L’autre moitié de l’homme – Joanna Russ :

“Sur Lointemps, les hommes ont disparu il y a mille ans, victimes d’une épidémie. Les hommes. Mais pas les femmes. Elles ont rebâti un autre monde, un autre univers social. Différent. Lointemps n’est pas une autre planète. Lointemps est la Terre, notre monde. Lointemps n’est pas exactement situé dans notre futur, mais c’est un des possibles de l’avenir – comme il y en a beaucoup.”

Venus plus X – Theodore Sturgeon :

“On a volé Charlie Johns. Qui ? Le peuple de Ledom, un monde libre, sans contrainte, sans guerre, sans peur. Un monde sans reproches dont tous les habitants sont bisexués, à la fois mâle et femelle. Bref, le paradis pour Charlie, Homo Sapiens du XXeme siècle ! Jusqu’au jour où il découvre ou il est. Pourquoi il y est. Comment il y est arrivé et ce que sont exactement « ceux-celles » qu’il désigne du nom de vénus plus X.”

Chroniques du pays des mères – Elisabeth Vonarburg :

“La stupidité des hommes a jadis ruiné la planète Terre. La sensibilité des femmes permettra-t-elle de la réparer, ou plutôt de la laisser se réparer ? C’est la question que se pose Lisbeï au cours d’une longue vie aventureuse qui va la mener du Pays des Mères, où les sexes vivent séparés, vers un avenir encore incertain où ils parviendront peut-être à se retrouver.”

Pollen – Joëlle Wintrebert :

“Société humaine matriarche, utopiste et pacifiste, la civilisation de Pollen maîtrise la reproduction par manipulation génétique et fécondation in vitro. Pour éradiquer la violence, elle a relégué ses guerriers sur une planète satellite. Un portrait doux et subtil des liens de pouvoir, de domination et de désir qui unissent ou séparent les deux moitiés de l’humanité…”

Les guérrillères – Monique Wittig :

“Depuis qu’il y a des hommes et qu’ils pensent, ils ont chacun écrit l’histoire dans leur langage : au masculin. « Si les mots qualifiés sont de genres différents, l’adjectif se met au masculin pluriel » (Grévisse). Les Guérillères s’écrivent comme sujet collectif à la troisième personne du féminin pluriel. Dans les lacunes des textes magistraux qu’on nous a donnés à lire jusqu’ici, les bribes d’un autre texte apparaissent, le négatif ou plutôt l’envers des premiers, dévoilant soudain une force et une violence que de longs siècles d’oppression ont rendu explosives.”

Marion Zimmer Bradley – La romance de Ténébreuse, La Chaine brisée :

“[Jaelle] est enchaînée jour et nuit selon la cruelle coutume des Villes Sèches. Un jour, elle brisera la chaîne. Elle rejettera en bloc toutes les sauvegardes et toutes les entraves qui font la vie des femmes sur Ténébreuse. Elle n’acceptera pas d’autre lien que le serment prêté par les Amazones Libres, d’égale à égale. Elle saura se défendre contre la brutalité des hommes. Elle saura répondre à leur amour. Mais pas pour la vie.”

Un dernier extrait : Sexomorphose

 Extrait du premier chapitre de Sexomorphose (Ayerdhal) qui décrit la transformation de Aimline en Aimlin.

Il s’agissait d’un corps de femme, une belle femme suspendue allongée, bras et jambes ouverts, ballants, ses longs cheveux dégoulinants sans mouvement, de son crâne rejeté en arrière. Elle avait les yeux clos, elle respirait à peine. Inerte, plus molle que souple, elle flottait physiquement entre bas et haut, elle ondoyait entre somnolence et concentration.

D’une seule déferlante, cette vague cérébrale se communiqua à tout l’épiderme, le hérissant d’un bout à l’autre d’aiguilles invisibles, comme si les nerfs eux-mêmes se déchargeaient de leur électricité, mais il ne pouvait pas s’agir d’un potentiel interne tant il était faramineux. Une étoile n’eût pu communiquer ou absorber une telle énergie ; le corps se tendit simplement d’une élongation crispée et la tête se redressa, les paupières béantes, les yeux exorbités, plus bleus et strié d’acier qu’ils ne l’avaient jamais été. Puis tous les muscles, tout le réseau nerveux, tous les organes explosèrent de la même métamorphose, jusqu’aux gènes qui se déchirèrent d’une infinité de recombinaison impossibles. Pendant un instant qui dura des heures, l’usine cellulaire de ce corps cessa d’exister en soi et chacun de ses atomes échangea des électrons avec d’autres atomes. Si quelque chose hurla, ce ne fut pas la femme : elle n’était plus qu’une douleur supérieure au produit des douleurs qu’elle exprimait, elle n’était plus qu’une pâte qui se remodelait.

Ses muscles, ses cartilages, ses os se déformaient, fondant, gauchissant, puisant et croissant comme une lave trop froide ou trop épaisse. Sa peau bouillonait pas flaques, ses articulations se distendaient en craquelant, pendant que ses côtes gonflaient sa poitrine d’un souffle incontenable, ses seins s’éffondrèrent, comme aspirés, avant de se liquéfier et de se répandre sur la cage thoracique en une boue blanchâtre. Entre ses jambes, les grandes et les petites lèvres fusionnèrent avec le clitoris et leur union magmatique se solidifia doucement, pour croître comme un gel d’où naquit un pénis écorché. Alors un reste de vagin s’ouvrit pour vomir deux testicules lisses et se refermer définitivement.

Il n’y avait plus une once de féminité dans cette chrysalide suintante, à peine un remord d’humanité qui n’en finissait pas de se masculiniser et s’efforçait de devenir humain.

Cela dura encore une heure.

Quand la transmutation fut achevée, il ne demeura qu’une sanie translucide s’éparpillant sur le sol, au mépris du suspenseur gravitique, et un corps d’homme recroquevillé en position foetale dans un champ d’impesanteur. C’était un homme jeune à la mélanine active, les cheveux encore courts du même cuivre que sa peau, le regard d’une nuit sombre, les pommettes qui aimeraient rire et les lèvres tristes. Il était davantage ciselé pour la vitesse que pour la puissance, et son front, plus dégarni que haut, lui donnait un air sérieux étudié.

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