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Cette galerie reprend des photos postées sur mon compte instagram (qui contient plus de photos donc n’hésitez pas à y faire un tour)

Série : Not assigned angel at Birth

Je n’ai pas été assigné·e ange à la naissance

Je n’ai pas été assigné·e ange à la naissance. Il n’existe aucune condition innée qui me protège de la bêtise et de la vilénie. Je refuse d’en inventer une. Je crois que le doute est essentiel, qu’on se doit de se tenir sur le bord du gouffre et de contempler combien il nous serrait facile de glisser.
La vérité, c’est qu’on a toustes des privilèges qui nous créent des angles morts. On a tous nos spécificités aussi, mais être une victime ne nous empêche pas de jouer les bourreaux à notre tour. Il arrive même que ce soit en tant que victime que l’on devienne violent·es. Car tout s’instrumentalise, y compris nos propres échecs. Je sais que ce serait facile pour moi de me cacher derrière des assignations. Dire que j’ai été assigné·e femme et qu’en tant que tel.le on m’a éduqué·e à m’écraser, qu’il m’est sociologiquement « impossible » d’exercer une domination quelconque. Je pourrais pleurer mes larmes blanches pour me dédouaner de tout, parce qu’on défendrait la créature « innocente » (mais émancipé·e, admirez-moi) que je prétendrais être. Je pourrais ajouter que je suis autiste, que par ce prisme de la neuroatypie je sais à quoi ressemble le croisement d’oppressions. Je pourrais dire que je sais : Or comment pourrais-je nuire en sachant ce que j’inflige à autrui ?

Mais je ne dis pas « je suis non-binaire » pour m’auto-réassigner au féminin dès que ça m’arrange. Et puis je sais bien que ces discours-là mènent à la transmysoginie : à toujours vouloir ramener les gens à leur genre assigné, ce sont les meufs trans que l’on finit par scruter, les personnes transfems, non-binaires assigné·es garçon, toutes les personnes qui ne peuvent pas se cacher derrière leur (supposée) innocence passée pour cacher leurs tares présentes.

Je n’ai pas été assigné·e ange à la naissance. Je suis aussi bien que tout le monde capable de blesser.
Je crois que d’une certaine manière, nos actions comptent moins que nos remises en question. On dit souvent que les intentions sont vaines, et c’est vrai : vouloir bien faire ne nous empêchera pas de merder. Mais à partir du moment où on accepte qu’on va toustes échouer dans notre quête perpétuelle de la bonté absolue, il faut apprendre à gérer l’après.

Je trouve catastrophique qu’on ne soit pas éduqué·es à demander pardon, ou alors seulement quand une autorité nous y force. Le pardon comme soumission, comme marque indélébile de notre grande faute, comme preuve que l’on mérite une punition. Mais pas pardon sincère, qui témoigne de notre compréhension de nos erreurs et de notre volonté de ne pas les reproduire, premier pas vers une réconciliation potentielle (ou vers de nouveaux départs auprès d’autres personnes, celles qu’on n’a pas blessées personnellement et qui n’ont donc rien à nous pardonner).

Je préfère les gens qui savent se regarder dans un miroir (métaphorique) même quand iels n’aiment pas tout de leur reflet. J’aime les gens qui savent leurs biais, leurs erreurs et  maladresses, leurs défauts, leurs
remords et regrets. Les gens qui doutent, qui se questionnent, qui savent que l’on arrive jamais au bout du chemin. Il ne s’agit pas de revendiquer ses tares, ni de les cacher, ni de se flageller comme si ça pouvait changer quoi que ce soit, juste de les observer assez pour apprendre à les contourner. Ensemble.

Mes ami.es ne sont pas des gens avec lesquels il n’y a jamais eu le moindre accroc : ce sont ceusses
avec lesquels j’ai pu me disputer, débattre, communiquer, me réconcilier. Ceusses avec qui je n’ai pas à me retenir d’être moi car je sais qu’iels me le diront, si je dépasse les bornes, et que réciproquement iels prêteront oreille si j’ai des remarques à faire. Ceusses en somme que je n’ai pas peur de perdre car je sais qu’on peut se frotter sans se déchirer.

Je n’ai pas été assigné·e ange à la naissance. Je vous blesserai un jour, pour d’innombrables raisons que je ne peux pas prévoir. Parce que je n’ai pas la totalité de mon mode d’emploi sous la main, et que j’aurai des réactions que je ne comprendrai même pas moi-même, sur le moment.
Parce que j’ai tout un tas de biais et de schémas mentaux que je n’aurai jamais fini de déconstruire. Parce que je suis humaine, en somme.

Alors je sais pas ce que ça vaut, comme texte écrit dans le train, mais non : je n’ai pas été assigné·e ange à la naissance.

Et by the way : vous non plus.

Série : Sept pêches

Voir la totalité de la série et les textes associés : ici.

Autres portraits

Avril 2020

Aout 2020

Je ne suis pas une femme

C’est marrant, parfois je vois les féministes parler du vécu des femmes et je ne me reconnais pas dans la longue liste d’oppressions vécues : ni le harcèlement de rue, ni toutes les injonctions relatives à la vie de couple hétérosexuel, ni la remise en question de mes capacités. Il faut dire que je suis autiste, que j’ai l’air bizarre. Les gens ont toujours considéré que j’étais flippante (on ne m’accoste pas), que je finirais seule (jamais eu à justifier mon assexualité) et que j’étais particulièrement intelligente (je suis pas d’accord mais enfin).
Alors je me dis « matériellement, je ne suis pas une femme ». Je crois que ça devrait m’énerver de me sentir ainsi exclue, mais une part de moi se réjouit. Je n’ai pas envie d’être une femme.
J’ai pensé d’abord que je voulais seulement « fuir le sexisme ». Mais non. Je m’accomode de la féminité tant qu’elle n’est pas mise en avant, que ce soit en mal… mais surtout en bien. Ce sont les tentatives de sanctuariser la Femme que je fuis.
Je ne dis pas que je ne suis une femme.
Je dis que je suis autiste, queer… je dis surtout que je suis écrivain.
J’écris avant tout le reste, et si l’on me reconnait un jour pour cela, je serais out. Ce ne sera pas un sacrifice, je n’essaierai pas d’être « le modèle que je n’ai pas eu » (personne ne devrait avoir à faire ça). Je serais out parce que je ne pourrais pas ne pas l’être. L’écriture c’est moi et je ne peux pas écrire sans me dévoiler entièrement.
J’existe par et pour ça.
C’est par l’art que j’arrive à dire qui je suis. Je dessine aujourd’hui sur mon corps car c’est la seule manière que j’ai de me rappeler que j’en ai un.
Si je ne suis pas out dans l’art je ne pourrais l’être nulle part.
Cœur sur vous toustes

Novembre 2021

Ça commence comme le début d’un body horror

L’autre jour j’ai rêvé que des vers sortaient de mes boobs. Sauf que c’était pas « affreux », c’était la vie. J’ai dit « ah bah ça tombe bien, moi qui vient de me décider à prendre rendez-vous chez la gynéco, j’aurais quelque chose de sérieux à lui demander ». C’était presque une bonne nouvelle en fait. Après tout : qui décide de ce qui est sain et de ce qui est pathologique ? De ce qui est sein et de ce qui est une boule, là, qui me bouffe la poitrine ?